
Nous voici de retour. Le temps a passé depuis le dernier message, entre-temps Joris et Tim ont eu le temps d’acheter leur billet, le Printemps de Bourges de battre des records de popularité, Villepin de battre des records d’impopularité, le PSG de gagner brillament la Coupe de France. Mais Laurent n’a toujours pas pris le temps d’aller chez le coiffeur. Tout juste de retour aussi à Buenos Aires après une douzaine de jours dans le Nord-Ouest Argentin, nous profitons de ce jour chômé pour vous donner quelques nouvelles.
Cette régions est à mille lieux de Buenos Aires : population en majorité de type indien, villes à tailles humaines, climat en permanence chaud et ensoleillé, les Andes toujours à l’horizon, coût de la vie moins élevé...on se sent plus proche de la Bolivie. En arrivant à Salta, notre intention est de louer une voiture pour parcourir une région réputée pour ses décors riches et variés. Mais dans un premier temps nous partons dans le sud en bus, direction Cafayate, village chaud et silencieux, coincé entre les vignobles et fameux pour son vin blanc (effectivement il n’est pas mal). Première escale pratique pour découvrir une première vallée que nous parcourons à vélo. Chaleur, vent de face, faux-plats montants et lignes droites interminables nous font souffrir et les pauses pour admirer les roches rouges superbes, en formes d’amphithéatre, de cheminées ou d’obelix sont nombreuses. Laurent maudira à de nombreuses reprises le loueur de ces supposés vélos de compèt, tandis que Ben se rappelera avoir envisagé un parcours bucolique...Le morceau de viande de 16h00 nous fera oublier nos cuisses douloureuses.Une énième soirée « empañadas-vin blanc » viendra compléter notre récupération. La séance de stop commence tôt le lendemain matin, l’itinéraire bis pour retourner à Salta étant peu fréquenté par les transports en commun. Bilan : une journée pour parcourir 150 bornes de piste et peu d’attente entre les trois changements de véhicules ; nos compagnons de route sont Claudia de Salta, Jane et Carl de New-York et San-Francisco et enfin deux couples de touristes argentins. Le parcours est magnifique, tantôt une plaine aride et rocailleuse, tantôt une plaine parcourue par un cours d’eau et peuplée de perruches. La journée s’achève à Cachi, village planté au pied des sommets andins. Rues pavées, maisons en terre, rassemblement des villageois sur la place centrale font le charme du lieu, à tel point que nous hésitons avant de replier la tente le lendemain. Le retour vers Salta se fait en bus, le franchissement d’un col nous permet de passer d’une zone désertique où règnent les cactus à une vallée verdoyante. Retour à notre QG de Salta, où nous rencontrons Cédric et Clément qui seront compagnons de route plus que bons les jours suivants. Entre temps le plaisir du stop nous a fait abandonner l’idée de la voiture. Direction le nord de la région, via la route numéro 9 qui longe une corniche. A Campo Alegre, en attendant un conducteur, face à un si joli lac, nous ne pouvons pas résister à la baignade. La route nous offre ensuite les premiers éléments de sa beauté, toute en contraste de couleurs, mais le plus beau reste à venir.
A Pumamarca nous plantons la tente à la nuit tombante et ne découvrons réellement le village que le lendemain matin, au levé du soleil, quand les premiers rayons viennent chatouiller le relief et éclairé la colline aux sept couleurs (à vous de les retrouver sur la photo). Le pouce est toujours dans la poche et c’est en collectivo que nous gagnons Tilcara (dont la forteresse ne mérite pas qu’on s’attarde dessus). Sans Cédric et Clément qui repartent vers le sud et que nous retrouverons à Salta, nous partons pour Humahuaca afin de rejoindre la mythique route 40, qui parcoure, le long d’un trajet existant déjà du temps des Incas, l’ensemble de l’Argentine sur 4000 km. Au grand étonnement des passagers, le chauffeur nous laisse comme demandé au bord d’un carrefour improbable, perdu au milieu d’une plaine désertique. Au kilomètre 0 la route 40 s’ouvre sur une piste poussièreuse, fréquentée par quelques camions et voitures, une par heure en moyenne, on a eu le temps de constater. Après 4 heures d’attente, avec la sensation d’être, pour notre plus grand plaisir, seuls au monde, Jorge prend pitié de nous et nous fait monter dans son camion. Tout au long de la centaine de kilomètre, nous écouterons avec plaisir ces histoire tout en admirant les paysages arides, malgré la présence prédominante d’un portrait de Jesus Christ sur le pare-brise. Il nous déposera aux Salinas, partant pour charger son camion de sacs de sel qu’il transportera jusqu’à la frontière bolivienne. C’est un remake du Salar d’Uyuni, en moins grandiose : lac de sel à perte de vue, mêmes conditions de travail pour les ouvriers sous la chaleur et les morsures du sel, mêmes salaires de misère (moins de 30 euros par jour), même hôtel de sel. Mais cette fois-ci on a nos appareils photos...
Le temps de profiter du décor et nous repartons à l’arrière d’un pick-up jusqu’à notre route 40. De là sept kilomètres à pied direction Tres Morros, village irréel de quatre maisons, une église, quelques vaches et moutons et seulement douze âmes pour le peupler. Nous trouverons néanmoins une famille pour nous ouvrir sa grange où nous dormirons à même le sol et nous offrir un festin préparé par le Tio Castillo, constitué de pâté en conserve (on a longtemps imaginé que le picadillo était une spécialité locale...) et d’une petite soupe. Nous réclamons un digestif puis y renonçons, celui-ci s’avérant être un alcool éthilique à 96 degrés qui aurait plutôt sa place dans une trousse de premiers secours. Notre hôte Andrea, tout en mâchant inlassablement ses feuilles de coca, se prête avec plaisir au jeu des questions-réponses. Puis sous le double effet de la journée de travail aux Salinas et de la piquette que nous ingurgitons, nous le laissons s’endormir et profitons une nouvelle fois d’un ciel étoilé exceptionnel. Nous nous couchons dans l’espoir de grimper dans le premier camion venu le lendemain. Mais la route est encore moins fréquentée que la veille... six heures durant nous avons pu observer la vie du hameau. Rien, il ne se passe rien. En comparaison, Bourges, rue Moyenne, un dimanche, paraitrait animé. Puis nous nous résignons à partir en sens inverse jusqu’à l’intersection des Salinas, pour envisager de retourner à Pumamarca en cas d’échec. 15 h 30, la piste abandonnée se transforme en autoroute. Trois voitures de touristes passent sans s’arrêter, nous laissant découragés, mais la dernière fait demi-tour, sans doute pris d’un soupçon de pitié devant nos têtes cramées par le soleil et nos allures poussiereuses. En dehors de ses frontières, le français est souriant et solidaire et Yves et Franck, le père et le fils, nous accueillent dans leur voiture. Deuxième bonne surprise, ils ne s’arrêtent pas à San Antonio de los Cobres mais poursuivent 160 kilomètres plus loin jusqu’à Salta. La piste sur le premier tronçon de poursuit dans un décor désertique mais le plus beau du parcours se traverse en fin de journée : hautes montagnes, canyons, viaducs de la ligne de chemin de fer « des nuages », champs de cactus...à l’intérieur du véhicule les superlatifs s’enchainent. De retour de ce périple superbe, on n’est pas mécontents de retrouver matelas et bonne douche. On peut alors se préparer sereinement pour le match du lendemain, non pas celui qui devait nous opposer aux argentins de l’auberge –finalement annulé- mais celui qui verra la suprématie du PSG sur l’OM se confirmer. 2-1, Salta est en liesse, le barbecue fonctionne à plein régime et la nuit sera intense. La boucle est bouclée, nous sommes de retour à Buenos-Aires chez Mariano, pour un programme repos/ballades/musées. Nous quitterons la capitale jeudi et l’Argentine dans une semaine environ, après une dernière escale aux chutes d’Iguazu, à la frontière brésilienne, où nous retrouverons Tim et Joris. Muchos besitos NB : on ne vous a pas parlé de l’Uruguay. Il était évidemment impossible de bien connaitre un pays en une semaine, d’autant plus quand c’est la Semana Santa (tous les uruguayens mangent des oeufs en chocolat), autrement appelée la Semaine du Tourisme (tous les uruguayens sont en vacances) ou encore Semaine de Bière (tous les uruguayens font la fête). La semaine sur la côte atlantique fut très riche, entre Colonia, Montevideo (ville morte car complètement désertée par ses habitants), et Punto del Diablo, petit village de pêcheur qui a su nous retenir. |